BREF HISTORIQUE DU CHÂTEAU DE SABRAN

 

Si certains auteurs lui prêtent une origine antique, la famille de Sabran semble trouver son origine au IXe-Xe siècles. Le territoire appelé Sabranenque représente leur possession entre vallée de Cèze et Rhône à savoir Saint Victor, Tresques, Cavillargues, Sabran, Montclus (qui ferme la porte de la vallée de la Cèze), …

 

On trouve mention d’un certain Rostaing de Sabran vers la fin du Xe siècle. Il semble que Raymond Taillefer de Toulouse lui confia le site de Sabran vers 990.

 

Emmenon de Sabran, fils de Rostaing, est au premier rang de la cour des Comtes de Toulouse pour assister le 18 décembre 1029 aux côtés de Guillaume, comte de Toulouse, à la fondation du monastère de Saint Pierre de Sauve. Cette source est publiée dans l’Histoire générale du Languedoc de Dom Vic et de Vaissette dans laquelle on retrouve aussi un diplôme de Louis VII établissant que l’évêque d’Uzès devient haut suzerain de Sabran. Ce document cite pour la première fois en 1156 le « castrum de Sabrano ».

 

Les Sabran, à l’instar de Guillaume né en 1070, furent les compagnons fidèles des comtes de Toulouse. Guillaume participa  à la première croisade aux côtés de Raymond IV de Saint Gilles et fut à l’origine de la lignée des connétables héréditaires de Toulouse. Il semble par ailleurs que ce soit au XIe que les de Sabran récupèrent le titre de noblesse de baron, c’est une charge militaire mais aussi la reconnaissance qu’ils tiennent leur fief directement du roi et qu’ils l’administrent librement. Il est alors probable que la famille a décidé à cette période de renforcer sa position en vallée rhodanienne par la construction d’un château en pierre. L’église sainte Agathe devait constituer la chapelle castrale du baron. Elle pourrait dater comme le château du XIe siècle.

 

L’histoire des Sabran se fait des deux côtés du Rhône autour des deux pôles Sabran et Ansouis. On y retrouve de prestigieux mariages, d’avantageux héritages qui sont l’apanage des grandes familles de l’Histoire de France. La trace du château s’y perd même s’il est omniprésent.

 

Au milieu du XIIIe siècle, le castrum de Sabran était en coseigneurie entre la famille d’Uzès et celle de Sabran sous la suzeraineté de l’évêque d’Uzès.

 

Au XIVe siècle, les troubles de la guerre semblent avoir poussé la famille à lancer une vaste campagne de travaux (changement des parements, agrandissements, remparts, …) pour fortifier encore leur position. On sait que d’importants dommages frappent les places fortes et le château de Sabran et la chapelle sont occupés et endommagés (Grandes compagnies de 1356 à 1374- les Tuchins 1381 à 1383). Au cours du XIVe siècle, la branche des connétables de Toulouse s’éteint avec Rostaing V qui n’a qu’une fille Bérangère. Le domaine passe alors à différents propriétaires. Il rentre dans le patrimoine des Montlaur par le mariage de Bérangère en 1326, puis c’est un évêque de Viviers qui semble récupérer Sabran (1454-1486) ou encore la famille de Combe. A la suite d’un partage entre les frères de Combe en 1510, le castrum échut à un certain Cathelin. En 1602, la moitié du site fut aliéné à Pierre d’Augier, prévôt de Languedoc. Ensuite après un procès, la baronnie fut laissée par Anne de Montcalm au seigneur de Montclus [1].

 

Le 17 août 1573, en pleine guerre de religion, les huguenots s’emparent de la tour de Sabran lors de la quatrième guerre civile. Ce n’est qu’en 1575 que le duc d’Uzès vient délivrer les places tenues par les protestants. Le château et la chapelle sont alors gravement endommagés.

 

Si le château a quitté le giron familial vers le XIVe siècle, il le réintègre au cours du XIXe s. 

 

En 1832, un croquis du peintre Léon Alègre montre un site en ruine dont l’état est quasi-similaire à celui d’aujourd’hui.

 

En septembre 1860, la statue de la Vierge est érigée et inaugurée sur l’une des tours réaménagée à cet effet. Des travaux ont certainement été effectués sur la chapelle Sainte Agathe. Dans les années 1980-1990, la chapelle castrale est à nouveau restaurée.

 

En 2014, l’association Muses et Hommes qui travaille depuis 2008 à ce projet, démarre les travaux sur l’ensemble castral.

Alexandre Pau, docteur en histoire
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[1] Marthe Moreau, Les châteaux du Gard, du moyen-âge à la Révolution, Montpellier : Les presses du Languedoc, 1997, p. 170-171